Voici tous les liens des chaînes et des vidéos évoquées. Si vous voulez ajoutez des suggestions, n’hésitez pas !
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– Méthodologie
Ma série de vidéos sur la méthode de la dissertation (sans doute le truc le plus utile que vous puissiez regarder pour vous préparer à l’épreuve du bac).
Sur l’explication de texte, il n’y a rien d’aussi complet, mais j’ai fait cette vidéo et c’est mieux que rien ; dans le même genre il y a aussi cette vidéo de l’Antisèche ; et dans un genre beaucoup moins fun et youtubesque, il y a encore cette vidéo des Bons Profs.
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– Philosophie morale
(Notions : la morale, le devoir)
L’idéal pour commencer se trouve dans ma playlist sur la philosophie morale ; les sept premières vidéos vous donneront largement de quoi faire ! Au programme : une réflexion sur le relativisme ; pas mal d’utilitarisme et de conséquentialisme ; puis une bonne dose de Nietzsche et Wittgenstein enfin pour nous rappeler que rien de tout ça n’a de sens.
Une excellentissime série de vidéos d’Homo Fabulus sur la morale étudiée d’un point de vue biologique et psychologique.
Deux vidéos de Science4All : « Le paradoxe de la morale (ft. Homo fabulus) » et « La morale des hooligans »
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– Philosophie de l’esprit
(Notions : le sujet, la conscience, l’inconscient, la perception, autrui, l’esprit et la matière)
Ma playlist sur la philosophie de l’esprit rassemble pas mal de vidéos utiles ; notamment une série sur Descartes dont les deux premiers épisodes exposent l’essentiel de ce qu’il faut connaître sur lui : sur le doute méthodique “Où Descartes te met un gros doute” et sur le Cogito “La chose qui pense”
Pour un aperçu plus complet et actuel sur le problème de la conscience, cette vidéo de Science étonnante à laquelle j’ai participé est super bien faite.
Sur l’inconscient cognitif et les tours que nous jouent le cerveau (et c’est intéressant aussi pour la notion de perception), vous pouvez voir ma vidéo sur les images subliminales et celle-ci sur la prosopagnosie et le délire des sosies.
Toujours sur l’inconscient et parce qu’Homo Fabulus est décidément fabuleux, cette vidéo “Choisir son président en 100 millisecondes” est très frappante.
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– Vertiges métaphysiques…
(Notions : le sujet, l’existence et le temps)
Vous pouvez regarder mes vidéos sur les problèmes que posent l’identité personnelle à travers le temps ou encore celle sur l’inexistence du moi ; et pourquoi pas pousser jusqu’à celle sur la mort.
Pour une bonne dose de vertige métaphysiques face à l’immensité temporelle de l’univers et notre insignifiance humaine, rien ne vaut cette magnifique vidéo de Balade mentale qui résume 13,8 milliards d’année dans le calendrier d’une seule.
Ou méditez sur l’inéluctable “Cela aussi passera” avec cette contemplative vidéo de DirtyBiology.
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– Le désir, le bonheur
La vidéo de l’Antisèche pour voir ou revoir les références les plus classiques.
Ma vidéo sur la machine à expérience de Nozick ; ou celle sur John Stuart Mill et la distinction entre bonheur et satisfaction “Il vaut mieux être Socrate insatisfait qu’un imbécile satisfait”.
Pour aller plus loin, un peu d’économie du bonheur avec Stupid Economics “L’argent fait-il le bonheur ?” ou encore cette vidéo sur l’économie du luxe.
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– La liberté et le déterminisme
Ma vidéo “La liberté est-elle un superpouvoir” développe les arguments et les références les plus classiques.
Pour une réflexion plus originale sur la notion de liberté et son rapport à celle de règles, vous pouvez regarder cette vidéo “La liberté en jeu”.
La vidéo de Science étonnante sur les expériences de Libet.
Sur la liberté au sens politique, cf. ci-dessous
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– Philosophie politique
(Notions : la politique, la société, l’État, la liberté, la justice et le droit)
La playlist “Utile pour le bac” de la chaîne Politikon contient des tas de trucs très bien : dedans, je recommande particulièrement sa vidéo sur De la liberté de Mill ; ou des textes classiques comme le Léviathan de Hobbes ou le Contrat social de Rousseau ; ou encore certaines de ses capsules sur des distinctions utiles (par exemple trois sens du mot politique ; démocratie vs. république ; et État vs. nation).
Du côté de Maxime Lambrecht, les quatre premières vidéos de sa chaîne valent le détour ! Sur l’utilitarisme ; sur le libertarisme (Nozick) ; sur le marxisme ; et sur John Rawls.
Du côté du Stagirite, vous pouvez allez voir ses deux vidéos récentes “Élections, piège à cons (Sartre) » et “La démocratie ne convient-elle qu’à un peuple de dieux ? (Rousseau)”.
Enfin, bien sûr, toute la série de Science4All sur la démocratie est intéressante, mais comme c’est un peu long je recommanderais tout particulièrement les épisodes 21 à 24 qui tournent autour de la notion de justice.
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– La culture, la société, les échanges, le travail et la technique
L’indispensable veste de laine d’Adam Smith ; le deuxième épisode est utile aussi pour discuter de la division du travail.
Sur le mythe de Prométhée d’après Protagoras d’après Platon qui semble un passage obligé de toutes les putains de copies qui parlent de près ou de loin de la culture (et je ne jette pas la pierre aux profs, j’en faisais autant, c’est juste qu’en fin de compte ça ne peut presque jamais être utilisé de façon pertinente du point de vue argumentatif, et ça sert surtout à donner l’impression au correcteur que l’élève a assisté un cours de philo dans sa vie…) cette vidéo de Cyrus North est très sympathique ; mais souvenez-vous que c’est un mythe, pas un argument.
Pour aller plus loin sur la notion des échanges, ces deux vidéos d’Heu?reka sur l’argent sont fort intéressantes : “Qui crée l’argent ? et comment ?” et “Le double visage de l’argent”
Pour tout ce qui tourne autour de la culture (la société, le travail, la technique, tout ça tout ça), vous pourrez diversifier vos sources d’inspiration en allant regarder ces excellentes vidéos du Vortex avec la chaîne Passé Sauvage (et quelques autres) : “La pire erreur de l’humanité” ; “L’addiction à l’agriculture” ; “La forge des inégalités” ; “Quand la culture a doublé l’ADN” ; “Ce symbole a 18 000 ans”
Toujours sur le même genre de thème, je recommande chaudement ce superbe documentaire de DirtyBiology “Les origines de la richesse”.
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– Épistémologie et philosophie des sciences
(Notions : la raison et le réel, la théorie et l’expérience, la démonstration, la vérité)
Ma playlist d’épistémologie et philosophie des sciences développe longuement tout ça, mais comme c’est un peu long, voici quelques conseils plus détaillés.
Sur la notion de démonstration et la rationalité en général, les vidéos de cette série vous donneront matière à réfléchir : “Comment démontrer n’importe quoi” ; “Le scepticisme (le trilemme d’Agrippa)” ; “L’axiomatique (Euclide)” ; “Le paradoxe de Lewis Carroll” et “La règle des règles”.
Sur la vérité, la vidéo du même nom “La vérité” en présente les aspects essentiels.
Pour des considérations plus générales sur la philosophie des sciences, ces trois vidéos présentent quelques idées essentielles sur le rapport des sciences et de l’expérience à la réalité : “La théorie peut-elle réfuter l’expérience” ; “Merci Captain Ad Hoc” ; “La montre d’Einstein (réalisme scientifique)”.
Pour une référence plus “classique” et pas moins intéressante, cet épisode sur la philosophie de Hume.
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– Le vivant
DirtyBiology est tout indiqué, tout particulièrement cette vidéo sur la difficile définition du vivant “Êtes-vous sûr d’être vivant ?” ou “5 choses qui font de vous une chimère” (et il y en aurait encore beaucoup d’autres si vous fouillez un peu sa chaîne…)
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– Le langage
Sur le langage, c’est bien sûr la chaîne Linguisticae qui est tout indiquée. Par exemple cette vidéo sur les distinctions classiques “Langage, langue, parole (Saussure)” ou, pour quelque chose de plus original, celle-ci sur “Les langues comme arme de guerre (Code-talker & Schibboleth)” ; et il y en aurait, là encore, bien d’autre sur sa chaîne.
Sur le langage toujours, il y a aussi ma vidéo sur la Novlangue dans 1984 d’Orwell ; et mes deux vidéos récentes sur le langage, l’une sur les disputes verbales (ou débat sémantique) et l’autre sur la notion de définition.
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– L’histoire
Il y a pas mal de chaîne qui parlent d’histoire bien sûr (Nota Bene, C’est une autre histoire, Confession d’histoire, Dave Sheik, Histony, Parlons Y-stoire…) mais pour un sujet de philo c’est davantage la réflexion sur l’histoire qui nous intéresse. Pour ça, vous pouvez regarder par exemple cette collab Nota Bene + C’est une autre histoire “Est-ce que tout le monde peut faire de l’histoire ?” ou cette réflexion d’Histony sur la classique question de la neutralité de l’historien.
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– L’interprétation
L’interprétation est une notion à la con dont la plupart des profs ne savent pas vraiment quoi faire tant il est sujet à des interprétations diverses (tellement méta) ; mais parce que Le Mock c’est une chaîne magnifique j’ai envie d’en profiter pour vous conseiller leur débat sur Lucchini et l’interprétation des classiques (et les deux autres débats de leur chaîne tournent souvent aussi sur cette question de l’interprétation d’une oeuvre, donc si le premier vous a plu, n’hésitez pas à regarder les autres).
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– L’art
Vous pouvez vous pencher sur les vidéos de L’art en question qui étudient des œuvres en faisant souvent des liens avec la philosophie, par exemple dans cette vidéo sur Les Ambassadeurs de Holbein : https://youtu.be/eqBmn7kMYmU
Sur la perception de la beauté à travers l’histoire (et la biologie), la vidéo de DirtyBiology et C’est une autre histoire tournée au musée du Louvre : « Existe-t-il une beauté absolue ? » https://youtu.be/puPFb3nuooo
Pour discuter du rapport de l’artiste à l’œuvre, vous pouvez vous pencher sur cette vidéo du Mock : « Que faire de l’œuvre d’un monstre ? » https://youtu.be/oVU8SR1gLZU
Enfin, cette vidéo de Balade mentale sur les réalisations artistiques des intelligences artificielles pourrait vous donner quelques idées de références originales : « Rêves profonds, peintures et LSD » https://youtu.be/NECyc7aQOao
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– La religion
Sur les liens entre religion et morale : « Si Dieu n’existe pas tout est permis » https://youtu.be/6U9WBN0Sck8 et « La religion nous empêche-t-elle d’être moraux ? » https://youtu.be/Ffd55-hAaGE
Sur la question de l’existence de Dieu et l’argument leibnizien du meilleur des mondes : « Notre monde est-il le meilleur des mondes possibles ? » https://youtu.be/zA9nXK1idqI « Leibniz : meilleur avocat du meilleur des mondes » https://youtu.be/HrdIuwChv64
Cette vidéo de Linguisticae sur la langue de Dieu est chouette. Et ça sert pour le langage aussi comme ça. Et puis sinon… pas trop d’idée. (Mais bon il me semble très rare qu’un sujet sur la religion tombe.)
Voilà !
En pratique, si on vous demandait quel phénomène est un critère de définition et quel phénomène est un symptôme, vous seriez dans la plupart des cas incapables de répondre à cette question, à moins de prendre arbitrairement une décision 
De là ce problème métaphysique : L’homme tourne-t-il autour de l’écureuil, oui ou non ? Il tourne autour de l’arbre, bien entendu, et l’écureuil est sur l’arbre; mais tourne-t-il autour de l’écureuil lui-même ? Dans les interminables loisirs de la solitude, la discussion avait fini par s’épuiser; toutes les sources en étaient taries. Chacun avait pris parti et s’entêtait dans son opinion. Les forces se balançaient; et les deux camps firent appel à mon intervention pour les départager.
– Moi, quand j’emploie un mot, dit Humpty-Dumpty avec dédain, il signifie ce que je veux qu’il signifie, ni plus, ni moins.
Supposez encore que cet homme ait acquis plus d’expérience et qu’il ait vécu assez longtemps dans le monde pour avoir observé que des objets familiers ou des événements sont constamment joints ensemble. Quelle est la conséquence de cette expérience ? Il infère immédiatement l’existence de l’un des objets de l’apparition de l’autre. Pourtant, par toute son expérience, il n’a acquis aucune idée ou connaissance du pouvoir secret par lequel l’un des objets est produit par l’autre ; et ce n’est par aucun processus de raisonnement qu’il est engagé à tirer cette inférence. Mais pourtant il se trouve déterminé à la tirer ; et, serait-il convaincu que son entendement n’a pas de part dans cette opération, il continuerait pourtant le même cours de pensée. Il y a un autre principe qui le détermine à former une telle conclusion.
Si je lutte contre mon inclination, j’aurai une bonne raison pour lui résister : et je ne serai plus entraîné à errer à travers des solitudes désolées et de rudes passages, comme j’en ai rencontré jusqu’ici. Tels sont mes sentiments de mélancolie et d’indolence : et certes je dois avouer que la philosophie n’a rien à lui opposer : elle attend la victoire plus du retour d’une disposition sérieuse et bien inspirée que de la force de la raison et de la conviction. Au moment donc où je suis las du divertissement et de la compagnie et que je me laisse aller à rêver dans ma chambre ou au cours d’une promenade solitaire au bord de l’eau, je sens mon esprit tout ramassé sur lui-même et je suis naturellement incliné à porter mes vues sur tous ces sujets sur lesquels j’ai rencontré tant de discussions au cours de mes lectures et de mes conversations. (…) Je sens naître en moi l’ambition de contribuer à l’instruction de l’humanité et d’acquérir un nom par mes inventions et découvertes. Ces sentiments surgissent naturellement dans ma disposition présente ; et, si je tentais de les bannir en m’attachant à quelque autre occupation ou à quelque divertissement, je sens que j’y perdrais en plaisir ; telle est l’origine de ma philosophie. »
Le prince indien qui refusait de croire les premiers témoignages sur les effets du gel raisonnait correctement, et il fallait naturellement de très forts témoignages pour gagner son assentiment à des faits produit par un état de la nature qui ne lui était pas familier et qui soutenait si peu d’analogie avec les événements dont il avait une expérience constante et uniforme. Bien que ces faits ne fussent pas contraires à son expérience, ils n’y étaient pas conformes. (…)
« Les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit humain et ne sont pas, comme on pourrait le croire, uniquement déterminés par le monde extérieur. Dans l’effort que nous faisons pour comprendre le monde, nous ressemblons quelque peu à l’homme qui essaie de comprendre le mécanisme d’une montre fermée. Il voit le cadran et les aiguilles en mouvement, il entend le tic-tac, mais il n’a aucun moyen d’ouvrir le boîtier. S’il est ingénieux il pourra se former quelque image du mécanisme, qu’il rendra responsable de tout ce qu’il observe, mais il ne sera jamais sûr que son image soit la seule capable d’expliquer ses observations. Il ne sera jamais en état de comparer son image avec le mécanisme réel, et il ne peut même pas se représenter la possibilité ou la signification d’une telle comparaison. Mais le chercheur croit certainement qu’à mesure que ses connaissances s’accroîtront, son image de la réalité deviendra de plus en plus simple et expliquera des domaines de plus en plus étendus de ses impressions sensibles. Il pourra aussi croire à l’existence d’une limite idéale de la connaissance que l’esprit humain peut atteindre. Il pourra appeler cette limite idéale la vérité objective. »
On répliquera encore à ceci que, bien que j’aie peut-être imaginé des causes qui pourraient produire des
Or que voyons-nous ? Au premier abord il nous semble que les théories ne durent qu’un jour et que les ruines s’accumulent sur les ruines. Un jour elles naissent, le lendemain elles sont à la mode, le surlendemain elles sont classiques, le troisième jour elles sont surannées et le quatrième elles sont oubliées. Mais si l’on y regarde de plus près, on voit que ce qui succombe ainsi, ce sont les théories proprement dites, celles qui prétendent nous apprendre ce que sont les choses. Mais il y a en elles quelque chose qui le plus souvent survit. Si l’une d’elles nous a fait connaître un rapport vrai, ce rapport est définitivement acquis et on le retrouvera sous un déguisement nouveau dans les autres théories qui viendront successivement régner à sa place.
On pourrait être tenté (à la suite de Duhem) d’objecter aux conceptions que nous venons de développer que dans tout test ne se trouve pas seulement impliquée la théorie soumise à investigation mais aussi tout le système formé par nos théories et nos hypothèses – ce qui, en réalité, représente d’une manière ou d’une autre la totalité de nos connaissances –, si bien que nous ne pouvons jamais savoir avec certitude quelle hypothèse, parmi l’ensemble, se trouve réfutée. Mais une telle critique scotomise le fait suivant : si nous considérons chacune des deux théories (entre lesquelles l’expérience cruciale doit trancher) en embrassant également le savoir constitué (background knowledge), comme il convient effectivement de faire, nous choisissons alors entre deux systèmes qui ne s’opposent que par les deux théories en jeu. Et cette critique omet de surcroît le fait que nous n’entendons pas réfuter la théorie prise en elle-même, mais la théorie associée au savoir constitué, alors que certains éléments de ce dernier risquent, pour peu que l’on parvienne à imaginer d’autres expériences cruciales, d’être rejetés ultérieurement puisque cet échec pourra leur être imputé (nous pouvons donc aller jusqu’à définir la théorie soumise à investigation comme la partie d’un système pour laquelle nous envisageons, fût-ce de manière encore informe, une autre solution, et cherchons des expériences cruciales). »
Or, si chacun de nos présupposés peut être mis en question, il est extrêmement malaisé de les contester tous à la fois. En conséquence, toute critique est nécessairement partielle (piecemeal) (contrairement à la doctrine holiste de Duhem et de Quine) ; et ce n’est là qu’une autre manière d’affirmer que la première maxime à suivre, pour tout examen critique, est de s’en tenir au problème étudié, de le subdiviser, si faire se peut, et de veiller à ne résoudre qu’un seul problème à la fois, bien qu’on puisse évidemment toujours passer à un problème subsidiaire ou substituer au problème initial un autre qui soit plus satisfaisant.
Voici quelques exemples qui l’illustrent. « Les lunes de Jupiter sont visibles au moyen d’un télescope » et « les étoiles sont carrées et vivement colorées » sont des énoncés d’observation publiquement reconnus. Le premier peut être attribué à Galilée ou à l’un de ses partisans, et le second se trouve dans les carnets de Kepler. Ces deux énoncés sont publics, au sens où ils peuvent être soutenus et critiqués par toute personne qui en a l’opportunité. La décision des galiléens de défendre le premier était motivée par les expériences de perception qui accompagnaient leurs observations de Jupiter au télescope, et la décision de Kepler de consigner le second était de la même façon fondée sur ses expériences de perception quand il pointait un télescope vers le ciel. Ces deux énoncés d’observation peuvent être soumis à des tests. Les adversaires de Galilée ont mis l’accent sur le fait que ce que Galilée interpréta comme des lunes était en réalité des aberrations imputables au fonctionnement du télescope. Galilée défendit la visibilité des lunes de Jupiter en affirmant que, si les lunes étaient des illusions, alors on devrait en voir apparaître également au voisinage d’autres planètes. Le débat public continua, et, dans ce cas particulier, l’amélioration des télescopes et le développement de la théorie optique aidant, l’énoncé d’observation portant sur les lunes de Jupiter survécut à ses détracteurs. La majorité des scientifiques finit par accepter cet énoncé. Au contraire, l’énoncé de Kepler portant sur la forme et la couleur des étoiles ne survécut pas à la critique et aux tests. Il ne tarda pas à être rejeté.