A propos MrPhi

Prof de philo devenu Youtuber. Je fabrique des vidéos qui traitent de questions telles que : La liberté est-elle un superpouvoir ? (Et si oui, avons-nous des superpouvoirs ?) Ou encore : Suis-je la même personne que j'étais hier et que je serai demain ? (Et que se passe-t-il si je prends un téléporteur à la Star Trek ?) Je parle de philosophes doutants comme Descartes ou redoutables comme Nietzsche, mais aussi d'écrivains doubleplusbon comme Orwell, et même du fascinant théorème de Bayes et de l'éventuelle probabilité que nous soyons tous des simulations. J'aime les expériences de pensées, les paradoxes logiques et les monstres verts.

Êtes-vous des eugénistes hardcore ? (supplément à l’épisode sur l’eugénisme libéral)

 

On revient sur l’épisode précédent et particulièrement sur le cas des deux femmes choisissant un donneur sourd pour avoir un enfant sourd.

Une vidéo sympathique sur Gattaca et l’eugénisme libéral (d’une bébé chaîne « Trucs de philo »)

L’article « Eugenics » de la Stanford Encyclopedia of philosophy qui est une excellente source : https://plato.stanford.edu/entries/eugenics/

Voilà !

De quoi l’eugénisme libéral est-il le nom ?

Un peu d’eugénisme, ça vous dit ?

À voir avant tout pour se mettre dans le bon état d’esprit, l’épisode de Dirty Biology sur l’eugénisme.

L’article « Eugenics » de la Stanford Encyclopedia of Philosophy (vraiment très bon et très riche, comme la plupart des articles de la SEP).

Un article qui présente le cas du couple de femmes sourdes ayant choisi un donneur pour avoir un enfant sourd.

Et s’il y en qui ne connaissent pas DirtyBiology, j’ai envie de dire : (1) sérieux ? (2) Qu’est-ce que tu fais encore là ? Vas-y !

Tu dois ! | La loi morale selon Kant | Grain de philo #31

 

Autres titres possibles : « J’universalise la maxime de mon action pendant 30 jours (ça tourne bien) » – « Tuto déonto : comment fonder la morale rationnellement ? »

Bref, on va parler de la morale de Kant.

Voici l’article de blog sur le cas du mensonge chez Kant.

Et sinon voici le passage des Fondements de la métaphysique des moeurs qui aboutit à la formulation de l’impératif catégorique ; la vidéo pourrait vous aider à y voir un peu plus clair dans ce texte touffu…

« Or, si une action accomplie par devoir doit exclure complètement l’influence de l’inclination et avec elle tout objet de la volonté, il ne reste rien pour la volonté qui puisse la déterminer, si ce n’est objectivement la loi, et subjectivement un pur respect pour cette loi pratique, par suite la maxime* d’obéir à cette loi, même au préjudice de toutes mes inclinations.

838_immanuel_kant_painted_portrait-removebg-preview.pngAinsi la valeur morale de l’action ne réside pas dans l’effet qu’on en attend, ni non plus dans quelque principe de l’action qui a besoin d’emprunter son mobile à cet effet attendu. Car tous ces effets (contentement de son état, et même contribution au bonheur d’autrui) pourraient être aussi bien produits par d’autres causes ; il n’était donc pas besoin pour cela de la volonté d’un être raisonnable. Et cependant, c’est dans cette volonté seule que le souverain bien, le bien inconditionné, peut se rencontrer. C’est pourquoi se représenter la loi en elle-même, ce qui à coup sûr n’a lieu que dans un être raisonnable, et faire de cette représentation, non de l’effet attendu, le principe déterminant de la volonté, cela seul peut constituer ce bien si excellent que nous qualifions de moral, présent déjà dans la personne même qui agit selon cette idée, mais qu’il n’y a pas lieu d’attendre seulement de l’effet de son action.

Mais quelle peut donc être cette loi dont la représentation, sans même avoir égard à l’effet qu’on en attend, doit déterminer la volonté pour que celle-ci puisse être appelée bonne absolument et sans restriction ? Puisque j’ai dépossédé la volonté de toutes les impulsions qui pourraient être suscitées en elle par l’idée des résultats dus à l’observation de quelque loi, il ne reste plus que la conformité universelle des actions à la loi en général, qui doit seule lui servir de principe ; en d’autres termes, je dois toujours me conduire de telle sorte que je puisse aussi vouloir que ma maxime devienne une loi universelle. Ici donc c’est la simple conformité à la loi en général (sans prendre pour base quelque loi déterminée pour certaines actions) qui sert de principe à la volonté. »

Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, trad. Delbos, Livre de poche, 1993., p.67-69

* [Note de Kant] : « On entend par maxime le principe subjectif du vouloir. » [Kant précisera ailleurs : « La règle que l’agent se fait à lui-même, en prenant pour principe certains motifs subjectifs, s’appelle sa maxime. » Doctrine du droit, trad. Barni, Introduction, IV.]

 

Voilà !

L’homosexualité selon Bentham – Grain de philo #30

 

En ne comprenant rien aux intuitions morales de son temps, Bentham aura compris les nôtres avant tout le monde…

Un article sur le recueil de textes de Bentham sur la sexualité.

Un article de l’indispensable Homo Fabulus (il a une chaîne YouTube maintenant, abonnez-vous, c’est trop bien) sur les possibles autismes Asperger de Bentham et Kant (je suis beaucoup moins convaincu pour Kant…).

Lisez des bouquins de Ruwen Ogien si tout ça vous a intéressé ! Genre ce petit recueil de textes courts et amusants « L’influence des croissants chauds sur la bonté humaine » ; ou bien, plus sérieux, sur l’éthique en général, et particulièrement sur l’opposition entre éthiques maximalistes et minimalistes, « L’éthique aujourd’hui ».

 

La masturbation selon Kant – Grain de philo #29

 

Vous vous êtes toujours demandé ce que Kant pensait de la masturbation ? Ça tombe bien, on en parle ici. Et c’est l’occasion de discuter plus généralement du passé et du futur de nos intuitions morales.

Aventurez-vous dans la fiction interactive « La morale de l’histoire ».

Aventurez-vous aussi sur la chaîne Homo Fabulus.

 

Quelques textes de Kant

Voici le passage complet sur la masturbation (que Kant me pardonne d’avoir commis le crime de la nommer par son nom !) dans la Doctrine de la vertu.

De la souillure de soi-même par la volupté

« De même que l’amour de la vie nous a été donné par la nature pour notre conservation personnelle, de même l’amour du sexe a été mis en nous pour la conservation de l’espèce. Chacun d’eux est une fin de la nature, par où l’on entend cette liaison de cause à effet, où, sans attribuer pour cela de l’intelligence à la cause, on la conçoit cependant, par analogie avec une cause intelligente, comme si elle produisait son effet avec intention. Or il s’agit de savoir si l’usage des facultés qui nous ont été données pour la conservation ou pour la reproduction de l’espèce est soumis, relativement à la personne même qui les possède, à une loi du devoir restrictive, ou si nous pouvons, sans manquer à un devoir envers nous-mêmes, nous servir de nos facultés sexuelles pour le seul plaisir physique et sans égard au but pour lequel elles nous ont été données. — On démontre dans la doctrine du droit que l’homme ne peut se servir d’une autre personne pour se procurer ce plaisir, que sous la condition expresse d’un pacte juridique, où deux personnes contractent des obligations réciproques. Mais ici la question est de savoir si, par rapport à cette jouissance, il y a un devoir envers soi-même dont la transgression souille (je ne dis pas seulement ravale) l’humanité dans sa propre personne. Le penchant à ce plaisir s’appelle amour de la chair (ou simplement volupté). Le vice qui en résulte se nomme impudicité, et la vertu opposée à ce vice, chasteté. Lorsque l’homme est poussé à la volupté, non par un objet réel, mais par une fantaisie qu’il se crée à lui-même, et qui par conséquent est contraire au but de la nature, on dit alors que la volupté est contre nature. Elle est même contraire à une fin de la nature, qui est encore plus importante que celle même de l’amour de la vie, car celle-ci ne regarde que la conservation de l’individu, tandis que la première regarde celle de l’espèce. —

9782711612659-475x500-1.jpgQue cet usage contre nature (par conséquent cet abus) des organes sexuels soit une violation du devoir envers soi-même, et même un des plus graves manquements à la moralité, c’est ce que chacun reconnaît aussitôt qu’il y songe, et même la seule pensée d’un pareil vice répugne à tel point que l’on regarde comme immoral de l’appeler par son nom, tandis qu’on ne rougit pas de nommer le suicide, et que l’on n’hésite pas le moins du monde à le montrer aux yeux dans toute son horreur (in specie facti). Il semble qu’en général l’homme se sente honteux d’être capable d’une action qui rabaisse sa personne au-dessous de la brute. Bien plus, a-t-on à parler, dans une société honnête, de l’union sexuelle (et en soi purement animale) que le mariage autorise, il y faut mettre une certaine délicatesse et y jeter un voile.

Mais il n’est pas aussi aisé de trouver la preuve rationnelle qui démontre que cet usage contre nature des organes sexuels, et aussi celui qui, sans être contre nature, n’a pas pour fin celle de la nature même, sont inadmissibles, comme étant une violation (et même, dans le premier cas, une violation extrêmement grave) du devoir envers soi-même. — Cette preuve se fonde sans doute sur ce que l’homme rejette ainsi (avec dédain) sa personnalité, en se servant de lui-même comme d’un moyen pour satisfaire un appétit brutal. Mais on n’explique point par là comment le vice contre nature dont il s’agit ici est une si haute violation de l’humanité dans notre propre personne, qu’il semble surpasser, quant à la forme (l’intention), le suicide lui-même. N’est-ce pas que rejeter fièrement sa vie comme un fardeau, ce n’est pas du moins s’abandonner lâchement aux inclinations animales, et que cette action exige un certain courage, où l’homme montre encore du respect pour l’humanité dans sa propre personne, tandis que ce vice qui consiste à se livrer tout entier au penchant animal, fait de l’homme un instrument de jouissance, et par cela même une chose contre nature, c’est-à-dire un objet de dégoût, et lui ôte tout le respect qu’il se doit à lui-même ? »

Kant, Doctrine de la vertu, trad. Barni, II §7

 

Je disais dans la vidéo ne pas connaître de passage de Kant sur l’homosexualité même s’il était facile de deviner son opinion, mais en fait je n’ai pas eu à chercher bien loin dans la Doctrine du droit pour tomber sur ce passage éloquent :

La communauté sexuelle est l’usage réciproque des organes et des facultés sexuels de deux individus. Ou bien cet usage est naturel (c’est celui par lequel on peut procréer son semblable) ; ou bien il est contre nature et celui-ci a lieu ou avec une personne du même sexe, ou avec un animal d’une autre espèce. Ces transgressions des lois, ces vices contre-nature, qu’on ne peut pas même nommer, sont des attentats à l’humanité résidant en notre personne, qu’aucune restriction ou aucune exception ne peut sauver d’une réprobation absolue. »

Kant, Doctrine du droit, trad. Barni, §24

 

Voici un autre passage particulièrement étonnant de notre point de vue où Kant justifie que le meurtre d’un enfant né hors d’un mariage par sa propre mère ne doit pas être puni aussi sévèrement qu’un homicide ordinaire et semble en quelque façon excusable. (Ce même passage met ce cas sur le même plan que duel d’honneur chez les militaires.)

« Il y a cependant deux crimes dignes de mort, au sujet desquels il est encore douteux si la législation a le droit de prononcer cette peine. (…) Le premier de ces crimes est l’infanticide maternel (…). Comme la législation ne peut écarter la honte d’un accouchement que le mariage ne justifie pas, (…) il semble que dans [ce] cas les hommes retombent en l’état de nature, et que l’homicide, qui ne devrait plus alors s’appeler un assassinat, tout en restant sans doute punissable, ne puisse être puni de mort par le pouvoir suprême. L’enfant né hors du ma­riage est né hors de la loi (car la loi, c’est le mariage), et par conséquent aussi hors de la protection de la loi s’est, pour ainsi dire, glissé dans la république (comme une marchandise prohibée), de telle sorte que celle-ci peut ignorer son existence (puisque légitime­ment il n’aurait pas dû exister de cette manière), et par conséquent aussi sa destruction ; et, d’un autre côté, il n’y a pas de décret qui puisse épargner à la mère le déshonneur, lorsque son accouchement en dehors du mariage vient à être connu. »

Kant, Doctrine du droit, « Le droit de punir et de grâce », trad. Barni.

 

Sur le racisme de Kant, cf. l’article « The color of reason : the idea of « race » in Kant’s Anthropology » d’Emmanuel Chukwudi Eze.

 

#NoFakeMed | Comment mieux parler de sciences dans les médias ?

Aujourd’hui, je discute du traitement journalistique de l’information scientifique, et de la tribune #NoFakeScience.

La tribune du collectif #NoFakeScience.

Interview de Nicolas Minier, un des rédacteurs et membres du collectif.

Discussions autour de la tribune entre Lê (Science4All) et Alexandre Technoprog.

Il y a eu beaucoup de tempêtes sur Twitter autour de tout ça pendant les dernières semaines. Je signale juste quelques fils que j’ai écrits pendant cette période. D’abord celui-ci où j’explique rapidement pourquoi je suis signataire. Dans les méandres de la discussion qui a suivi j’ai notamment évoqué la notion de « robustesse à la mécompréhension », idée dont j’aurais voulu parler dans la vidéo mais j’ai complètement oublié en l’écrivant ! Je me rattrape en le signalant ici.

Enfin il y a eu beaucoup de discussions autour d’un article du Monde dans sa rubrique « les Décodeurs » qui remet en cause plusieurs points de la tribune ; voici le fil où j’en discute. Voici également la réponse qu’a fait le collectif lui-même à cet article du monde. Et voici aussi une vidéo d' »Un Monde Riant » qui discute du même article.

Leibniz : meilleur avocat du meilleur des mondes | Grain de philo #28

 

Aujourd’hui, on va regarder Leibniz de près…

Trois arguments justifiant qu’il n’est pas totalement absurde de croire que nous sommes dans le meilleur des mondes possibles.

L’opuscule plusieurs fois cité dans la vidéo est « De l’origine radicale des choses » qui se trouve sur Wikisource (dans une traduction qui me semble pas terrible par rapport à celle que j’ai utilisée).

Le texte sur la diagonale du carré s’intitule « Dialogue effectif sur la liberté » et il ne se trouve, à ma connaissance, que dans le recueil « Système nouveau de la nature et de la communication des substances, et autres textes ».