Pourquoi les philosophes médiatiques disent de la merde

Je sais pas si vous avez remarqué, mais les philosophes médiatiques ça dit souvent de la merde. Eh ben aujourd’hui on va essayer de comprendre pourquoi.

Un problème philosophique ? Appelez le SAV !

Un article de la philosophe Juliette Ferry-Danini (créatrice dudit SAV, soit dit en passant) qui rejoint et développe pas mal de points de la vidéo.

L’article de Florian Cova sur l' »épistémologie » de Raoult (et qui au-delà de son sujet constitue une introduction très intéressante à l’épistémologie contemporaine).

Un article du philosophe Jean-Michel Dupuy sur l’argumentaire d’André Comte-Sponville (avec un passage particulièrement intéressant sur le sophisme du bug de l’an 2000).

L’extrait surréaliste d’Onfray provient de cette vidéo (à partir de 34:00 environ).

Qu’a-t-on fait d’Aristote pendant 2000 ans ?

« C’est parce qu’on n’osait pas remettre en cause l’autorité d’Aristote qu’on a cru pendant 2000 ans que la Terre était au centre de l’Univers, et encore plus à cause de l’Église qui érigé l’aristotélisme en dogme pendant tout le Moyen-Âge ! Preuve en est : elle a brûlé Giordano Bruno qui avait osé soutenir qu’une pierre qu’on lâche du haut d’un mât d’un navire en mouvement tombe au pied du mât, contre l’opinion d’Aristote (évidemment fausse ! il lui aurait suffit de faire l’expérience…) »

Si vous êtes plutôt d’accord avec ce paragraphe, cette vidéo est faite pour vous !

Ma première vidéo sur Aristote et l’histoire des sciences.

Pour beaucoup beaucoup beaucoup de détails et de sources concernant ces histoires de lâchers de pierre du haut d’un mât.

Sur le procès de Giordano Bruno : Saverio Ricci, 2011, « Le procès de Giordano Bruno par l’Inquisition »

Sur la cosmologie de Giordano Bruno : Jean Seidengart, 2004, “Pensée cosmologique et philosophie naturelle chez Giordano Bruno et William Gilbert”

Liberté formelle ou liberté réelle ?

Le vocabulaire « liberté formelle » / « liberté réelle » vient de Marx (pour autant que je sache) mais comme je le souligne vers la fin de l’épisode j’ai essayé dans ces vidéos de présenter une distinction entre trois sens de liberté qui soit assez transversale et qui pour cette raison ne s’efforce pas forcément de coller parfaitement à tel ou tel auteur (d’où le fait que je les appelle simplement liberté 1, 2 et 3), et il me semble qu’on peut trouver des idées similaires chez une multitude d’auteurs (par exemple la distinction entre liberté positive et négative chez Isaiah Berlin peut aussi faire écho à pas mal de trucs de cette vidéo).

Platon contre l’écriture (et quelques autres curiosités philosophiques)

Vous savez quoi ? J’ai écrit un livre de philosophie qui me semble plutôt pas mal, et je vous en parle en deux minutes.

Il sort le 3 septembre en librairie mais vous pouvez déjà le précommander chez un libraire ou sur Amazon, ce serait super chic de votre part.

Ah et tenez tant que j’y suis et que vous êtes là j’en profite pour dire que je ferai une rencontre à la Librairie « Le Passage » de ma ville d’Alençon le samedi 12 septembre, si vous avez la bonne fortune d’être dans le coin.

Oh et même que Philo Mag parle du livre dites donc c’est fou, c’est ma première critique de livre (et oui c’est dans le même numéro où il y a un dossier sur la philosophie de Raoult mais bon hein on dira rien…)

Voilà !

La philosophie morale ne sert à rien ?

 

Ne vous abonnez pas à la chaîne de Science de Comptoir, c’est beaucoup trop drôle et instructif.
N’y allez pas voir ce honteux montage de prises ratées (que d’aucuns pourraient vulgairement appeler un bêtisier).
Et sinon, quelques sources sérieuses :
L’article de Schwitzgebel et Joshua Rust sur le comportement des professeurs de philosophie morale.
Sa réplicationpar une équipe allemande.
L’étude de Schwitzgebel et McVey qui compare l’effet d’un argument philosophique à celui d’un témoignage émouvant.
L’annonce du concours du meilleur argument pro-charité sur le blog de Schwitzgebel.
Et le résultat du concours (avec notamment les cinq meilleurs arguments).
L’étude de Lindauer et Singer (et d’autres) qui compare les effets d’un argument rationnel ou d’un appel à l’émotion.
L’étude de Schwitzgebel, Cokelet et Singer sur l’effet d’un cours d’éthique animale sur les achats de plats contenant de la viande.
L’article de Schwitzgebel sur notre volonté d’être moralement médiocre. Et une présentation plus informel des mêmes idées dans une note de blog sortie la veille de la sortie de cette vidéo.
Plus généralement, le blog d’Eric Schwitzgebel est passionnant à suivre.

 

Je ne peux pas me tromper en disant « J’ai mal »

Je ne peux pas me tromper en disant « J’ai mal ». Et c’est bizarre, quand on y pense.

Quelques passages du Cahier Bleu et des Recherches philosophiques de Wittgenstein qui parlent de tout ça :

71r8mmb6QuL.jpg« Il y a deux cas différents d’utilisation du mot « je » (ou « mon »), et je pourrais les appeler « l’utilisation comme objet » et « l’utilisation comme sujet ». Voici des exemples de la première sorte d’utilisation : « Mon bras est cassé », « J’ai grandi de quinze centimètres », « J’ai une bosse sur le front » (…). Voici des exemples du second type : « Je vois ceci ou cela », « J’essaie de lever mon bras », « Je pense qu’il va pleuvoir », « J’ai mal aux dents ». On peut indiquer la différence entre ces deux catégories en disant : les cas de la première catégorie impliquent la reconnaissance d’une personne particulière, et dans ce cas il y a possibilité d’erreur (…). Il est possible par exemple, dans un accident, que je sente une douleur dans mon bras, que je voie un bras cassé à côté de moi, et que je pense que c’est le mien, alors qu’en réalité c’est celui de mon voisin.  Et, en regardant dans un miroir, il se pourrait que je confonde une bosse sur son front avec une bosse sur le mien. (…) Au contraire il n’est pas question de reconnaître qui que ce soit lorsque je dis « J’ai mal aux dents ». Demander « Es-tu certain que c’est toi qui as mal ?  » serait absurde. (…) Il est tout aussi impossible qu’en énonçant « J’ai mal aux dents » je confonde une autre personne avec moi-même, qu’il est impossible de gémir de douleur par erreur, en ayant confondu quelqu’un d’autre avec soi. Dire « j’ai mal » n’est pas plus un énoncé sur une personne déterminée que gémir ne l’est. »

 

41s1L+quCcL._SX327_BO1,204,203,200_.jpg« 258 — Imaginons le cas suivant. Je veux tenir un journal sur le retour périodique d’une certaine sensation. À cette fin, je lui associe le signe “S” et chaque jour où j’éprouve cette sensation, j’écris ce signe sur un calendrier. — Je remarquerai d’abord qu’il n’est pas possible de formuler une définition de ce signe. — Mais je peux néanmoins m’en donner une à moi-même à la manière d’une définition ostensive ! — Comment cela ? Puis-je désigner la sensation ? — Pas au sens habituel. Mais je dis ou écris le signe “S”, et en même temps, je fixe mon attention sur la sensation. — Je la désigne donc, pour ainsi dire intérieurement. Mais à quoi bon ce cérémonial ? Car cela semble n’être qu’un cérémonial ! Une définition sert en effet à établir la signification d’un signe. — Justement, c’est ce que produit la fixation de l’attention ; grâce à elle, je grave dans ma mémoire la connexion entre le signe et la sensation. — Or « je la grave dans ma mémoire » peut seulement signifier : Ce processus a pour effet de me permettre de me souvenir correctement de cette connexion à l’avenir. Mais dans notre cas je ne dispose d’aucun critère de correction. Ici on aimerait dire : Est correct ce qui me semblera toujours tel. Et cela veut seulement dire qu’ici, on ne peut rien dire du “correct”.

259 — Les règles du langage privé sont-elles des impressions de règles ? — La balance sur laquelle on pèse les impressions n’est pas l’impression d’une balance. (…) 

261 — Quelle raison avons-nous d’appeler “S” le signe d’une sensation ? “Sensation” est en effet un mot de notre langage commun, et non un mot d’un langage que moi seul comprendrais. L’emploi de ce mot requiert donc une justification qui soit compréhensible par tous. — Et il ne servirait à rien de dire : Ce n’est pas nécessairement une sensation ; celui qui inscrit “S” éprouve quelque chose — et nous ne pouvons rien dire de plus. Mais “éprouver” et “quelque chose” appartiennent également au langage commun. — Aussi en vient-on, quand on philosophe, à ne plus vouloir proférer qu’un son inarticulé. (…)

Ludwig-Wittgenstein.jpg263 — « Je peux m’engager (intérieurement) à appeler CELA “douleur” à l’avenir. » —       « Mais es-tu bien certain de t’y être engagé ? Es-tu sûr que, pour t’y engager, il te suffisait de fixer ton attention sur ce que tu ressentais ? » — Étrange question. — (…)

272 — S’agissant d’expérience privée, l’essentiel n’est pas, à proprement parler, que chacun en possède son propre exemplaire, mais que nul ne sache si les autres possèdent aussi cela, ou autre chose. Il serait donc possible de supposer — bien que ce ne soit pas vérifiable — qu’une partie de l’humanité aurait une impression de rouge, tandis qu’une autre partie en aurait une autre.

273 — Mais qu’en est-il du mot “rouge” ? — Dirais-je qu’il désigne quelque chose à quoi    « nous sommes tous confrontés », et que chacun de nous devrait aussi avoir un mot pour désigner sa propre impression de rouge ? Ou bien en est-il ainsi : Le mot “rouge” désigne quelque chose connu de nous tous, mais aussi, pour chacun de nous, quelque chose qu’il est seul à connaître ? (…)

293 — Si je dis de moi-même que je sais seulement à partir de mon propre cas ce que signifie le mot “douleur”, — ne faut-il pas que je le dise aussi des autres ? Et comment puis-je donc généraliser ce seul cas avec tant de désinvolture ?

maxresdefault.jpgEh bien, tout le monde vient de me dire qu’il ne sait qu’à partir de son propre cas ce qu’est la douleur ! — Supposons que chacun possède une boîte contenant ce que nous appellerons un “scarabée”. Personne ne pourrait jamais regarder dans la boîte des autres ; et chacun dirait qu’il ne sait ce qu’est un scarabée que parce qu’il a regardé le sien. — En ce cas, il se pourrait bien que nous ayons chacun, dans notre boîte, une chose différente. On pourrait même imaginer que la chose en question changerait sans cesse. — Mais qu’en serait-il si le mot “scarabée” avait néanmoins un usage chez ces gens-là ? — Cet usage ne consisterait pas à désigner une chose. La chose dans la boîte ne fait absolument pas partie du jeu de langage, pas même comme quelque chose : car la boîte pourrait aussi bien être vide. — Non, cette chose dans la boîte peut être entièrement “supprimée” ; quelle qu’elle soit, elle s’annule.

Cela veut dire : Si l’on construit la grammaire de l’expression de la sensation sur le modèle de l’“objet et sa désignation”, l’objet perd toute pertinence et n’est plus pris en considération. »

La loterie à Babylone | Jorge Luis Borges

 

« La vente mercenaire de chances fut abolie. Tout homme libre et déjà initié aux mystères de Bel participait automatiquement aux tirages sacrés, qui s’effectuaient dans les labyrinthes du dieu toutes les soixante nuits, et qui décidaient de son destin jusqu’au prochain exercice. »


 

Playlist des lectures de la chaîne.

Lecture de « La bibliothèque de Babel » de Borges par Patrick Baud.