Gyeongbokgung & le bateau de Thésée — Grain de philo #8

 

Aujourd’hui, on visite Gyeongbokgung et on en profite pour parler du bateau de Thésée et de notre rapport à l’histoire et à la conservation des choses qui en sont les témoins. Faut-il conserver leur forme au détriment de la matière ou leur matière au détriment de la forme ?

Les dessins au stylo de Gyeongbokgung et des alentours de la ville de Seoul qui apparaissent à plusieurs reprises, ainsi que la fresque qui défile en arrière-plan à partir de 2:33, sont des extraits de Youniverse n°3 et Youniverse n°2 de l’artiste coréen Im Sebyoung. Ses travaux sur la ville sont très impressionnants (et m’évoquent irrésistiblement mes longues parties de Sim City…) Je vous invite à aller voir sa page Facebook pour en voir et savoir davantage : https://www.facebook.com/imsebyoung/

J’aurais aimé développé davantage le cas du « Seoul Capitol », ce bâtiment construit par l’administration japonaise en 1926 à l’emplacement de la seconde porte de Gyeongbokgung, devant la salle du trône. Ce bâtiment a été démoli par les Coréens en 1995, première étape dans le projet de reconstruction de Gyeongbokgung. J’ai passé sous silence le fait que ce n’était pas une décision si évidente : le bâtiment avait servi de palais présidentiel jusqu’en 1975, puis de musée national jusqu’en 1994 ; il finissait ainsi par faire « partie du paysage » ; aussi de nombreux Coréens se sont-ils opposés à sa destruction, considérant que le bâtiment avait en lui-même une valeur architecturale et historique. (Par ailleurs, la destruction de ce bâtiment ne faisait pas plaisir aux Japonais non plus, mais bon, hein, ça va.)

J’ai appris l’existence du Parthénon de Nashville (on dirait une blague !) en cherchant des images d’illustration pour le montage. C’est effectivement une réplique du Parthénon, à l’échelle, aussi fidèle que possible à ce que devait être l’original ; la statue d’Athéna à l’intérieur est elle aussi à l’image et aux dimensions de ce que devait être la statue à l’intérieur du Parthénon. Et franchement, ça a de la gueule (même si ça fait mal de voir des photos de mariage un peu kitsch prises au pied de la statue d’Athéna). J’irais bien voir ça, même si ça resterait certainement moins émouvant pour moi que de voir les ruines sur l’Acropole d’Athènes. J’ai ce bête amour des ruines, oui.

L’identité personnelle — Grain de philo #7

Première partie – Téléportation, trous de mémoire & responsabilité

 

Qui suis-je et de quoi suis-je responsable ? On en parle avec Locke et Spock. Car parler d’identité personnelle sans parler de téléportation à la Star Trek, ce serait un scandale.

Durant la vidéo, je botte complètement en touche sur la question de la punition ; en gros, je veux bien suivre Locke sur l’idée que l’identité personnelle (et donc la mémoire) fonde la responsabilité, mais je ne pousse pas le raisonnement jusqu’à dire que ça justifie le châtiment ; ça me paraît être une tout autre question, trop difficile pour être abordée dans la vidéo. Ceci dit, je veux bien ajouter ici deux mots pour ceux qui restaient sur leur faim.

Supposez qu’un psychopathe s’en donne à coeur joie en tuant de nombreuses personnes, puis, au moment d’être arrêté, il boive une potion qui supprime en lui tout souvenir de ses actes, et même toute tendance à les commettre (donc il cesse d’être psychopathe et devient une personne tout à fait saine d’esprit). Cette personne ayant bu la potion est-elle responsable des actes du psychopathe ? Non, d’après Locke, et ça paraît assez intuitif : elle ne peut en aucune façon les reconnaître comme étant les siens (elle ne s’en souvient pas et éprouverait même du dégoût vis-à-vis de tels actes). Pour autant, faudrait-il laisser cette personne impunie ? La réponse n’est pas aussi facile sur ce point. Supposez qu’on décide de ne pas punir la personne ayant bu la potion, mais que, du coup, une telle pratique devienne assez répandue : beaucoup de psychopathes suivent la même stratégie (s’en donner à coeur joie puis boire la potion juste avant d’être arrêté) ; il se pourrait qu’à l’inverse, punir ceux qui ont bu la potion soit une façon efficace de dissuader un tel comportement. Cela suffirait-il à justifier une telle punition ? La question est délicate. (C’est tout de même punir une personne pour des actes dont elle n’est pas responsable… Dans une certaine mesure, cela ressemble à du chantage : c’est comme si l’on menaçait le psychopathe de punir un membre de sa famille plutôt que lui-même, mais si c’est efficace…) Par cette expérience de pensée, je veux attirer l’attention sur le fait que la question de savoir pourquoi et comment punir peut renvoyer à la question de savoir en quoi une punition est utile à la société ; et s’il est le plus souvent utile de punir ceux qui sont responsables et qui ont causé le crime, on peut tout à fait concevoir des cas bizarres comme celui-ci où ces aspects sont dissociés. Et notez enfin que, sur ce point également, on voit en quoi le libre-arbitre n’est en rien une condition nécessaire pour justifier la punition : que l’on soit absolument déterminé ou pas, il est clair qu’il restera utile de punir ceux qui enfreignent la loi.

 

Chapitre 27 du livre II de l’Essai sur l’entendement humain, de John Locke (dont sont tirés les extraits de la vidéo et qui est le texte le plus classique sur l’identité personnelle) : http://www.jpbu.fr/philo/notions/conscience/Locke_Identite_et_difference.rtf

Extraits vidéos utilisés :
Vidéo de Kurzgesagt « What are you » : https://youtu.be/JQVmkDUkZT4
Animation sur le bateau de Thésée : https://youtu.be/y-LRPOb9pd8

 

Seconde partie – Montez-vous dans le téléporteur ?

 

« The Self and the Future », de Bernard Williams : https://www.blackwellpublishing.com/content/BPL_Images/Content_store/Sample_chapter/9780631234418/001.pdf

(Je voulais développer plus d’expériences de pensée à la Williams pour réfléchir à la façon dont le moi se projette dans le futur, mais je n’ai pas eu le temps… Tant pis !)

Reasons and Persons, de Derek Parfit (texte complet – la troisième partie surtout est importante sur l’identité personnelle) :
http://www.chadpearce.com/Home/BOOKS/161777473-Derek-Parfit-Reasons-and-Persons.pdf