7 expériences de pensée avec Science4All | Serez-vous utilitariste jusqu’au bout ? Argument frappant #6

 

La vidéo de Lê à laquelle je participe : c’est par ici !

Toutes ces expériences de pensées sont dérivées du fameux dilemme du tramway décrit pour la première fois par Philippa Foot en 1967 et qui a inspiré des dizaines de variantes et des centaines d’articles ! (Je me suis plus particulièrement inspiré de la variante « du chirurgien » introduite par Judith Jarvis Thomson, la même à qui l’on doit l’argument du violoniste.) Les discussions sur ces dilemmes et leurs subtiles variations sont complexes et passionnantes, et j’en parlerai sans doute lorsque je ferai une suite à cet épisode.

 

Comme annoncé dans la vidéo, voici un petit questionnaire qui reprend les différents scénario présentés et vous donne la possibilité de répondre et justifier votre réponse face aux différents cas. Jusqu’où serez-vous utilitariste ? À vous de voir !

(N’oubliez pas de valider à la fin du questionnaire pour envoyer vos réponses.)

 

Mise à jour du 16/09 :

Voici déjà le résumé des résultats du questionnaire à ce jour. Un bon quart d’utilitaristes jusqu’au-boutistes, c’est… surprenant !

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Je vais bientôt faire une vidéo qui analyse la façon dont vous avez compris et répondu à ce questionnaire, et ce que l’on peut en tirer d’un point de vue philosophique ; et je vais sans doute mettre en ligne un nouveau questionnaire par la même occasion, corrigeant certains défauts, avec des étapes intermédiaires entre les versions 5 et 6, et quelques versions supplémentaires au-delà de la 7 pour pousser les plus utilitaristes aussi loin que possible !

9 réflexions au sujet de « 7 expériences de pensée avec Science4All | Serez-vous utilitariste jusqu’au bout ? Argument frappant #6 »

  1. Sans information sur les patients, je ne peux faire de choix raisonné donc raisonnable.
    A partir du moment où le ne considère pas certaines infos sur les patients, pour moi, il y a un biais cognitif. Je pense qu’il ne peut pas ressortir d’avis définitif pour chacun des cas.
    En ajoutant des présupposés sur le statut des patients, l’expérience de pensée devient toute autre.
    Exemple :
    – le patient 0 est un grand chercheur en médecine, si on le sauve, on pourra à l’avenir sauver des millions de vies
    – le patient 0 est un tueur en série que milite pour le « pain au chocolat » au lieu de « chocolatine » et qui, s’il n’est pas sauvé, ne nous révélera pas où sont cachés la dizaine d’enfants qu’il a kidnappés
    – le patient 0 est une personne sans histoire, mais dans les 5 autres patients, 1 seul n’est pas un meurtrier et a le même profil que le patient 0
    Bref, on ne peut pas définir une idée morale générale sans prendre en compte l’environnement. Donc dans ce cas, je reste à l’option 0 : je ne fais rien et tout le monde meurt. (troll ou pas)

    D’ailleurs, comment réagit un utilitariste à l’évolution de nos civilisations. De notre côtés, en tant qu’habitants de pays développés, nous sommes en infériorité numérique par rapport aux personnes qui souffrent de la pauvreté. Or c’est cette exploitation de l’Homme par l’Homme qui a permis à une petite partie de la population d’évoluer (technologiquement) plus vite que le reste du monde. Ces évolutions (technologiques toujours) sont au fur et à mesure délivrées au reste du monde afin de faire disparaître ces (intolérables) inégalités. Aurait-il été plus moral d’évoluer plus lentement et d’envoyer le 1er homme sur la Lune en 11969 ou vraiment en 1969 ? Pour faire le parallèle avec cette expérience de pensée, nous (pays développés) avons préféré sauver le patient 0 plutôt que les 5 autres.

    J’ai une expérience de pensée assez similaire à laquelle je ne trouve pas de réponse. Si ça vous dit d’en discuter…
    La NASA nous apprend qu’un astéroïde va venir s’écraser sur Terre et que nous n’avons pas les moyens de le détruire. Or, à l’impact, il détruira tout ce qui vit sur Terre. Nous n’avons que très peu de temps pour construire des vaisseaux spatiaux afin d’envoyer le plus de monde dans l’espace (on oublie les animaux…), les places sont donc limitées.
    Comment donc choisir ceux que l’on sauvera de ceux qui attendront une mort certaine ?
    – on fait payer les places => les plus riches d’abords (pas sûr que l’humanité s’en sorte finalement lol #Trump)
    – tirage au sort (risque d’emmener des criminels, des personnes avec une espérence de vie courte, …)
    – utilitariste : sélection en fonction de capacités physiques, intellectuelles, … (attention au point Godwin !!)
    – un mélange des 2 dernières options
    – … ?

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  2. L’expérience qui commence à 10:00 (le patient 0 a déjà passé 364 jours en traitement et sera sauvé demain), et ses variantes, utilise le sophisme du coût perdu (_sunken cost fallacy_). Ce n’est pas parce qu’on a investi , ici 364 jours de traitement, que l’on doit changer de décision: « ce qui est fait est fait ». C’est un des biais cognitifs les plus puissants de tous, mais ça reste un biais, et un sophisme 🙂 Du coup ce n’est pas vraiment une question d’utilitarisme/conséquentialisme (ou pas).

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  3. On peut expliquer la différence d’attitude de Lê entre les cas 1 à 5 (1 vie sacrifiée pour 5 vies sauvées) et les cas 6 à 7 (une vie maintenue pour 5 vies sacrifiées) en considérant que la vie n’est pas le seul critère « utile » qu’il a utilisé dans ce problème. En effet il a pris en compte, consciemment ou non, le critère de viabilité (en l’espèce, la possibilité pour un patient de se maintenir en vie sur du long terme sans soins extérieurs) dans son système de choix.

    On peut formaliser cette hypothèse de la façon suivante :

    – Dans les cas 1 à 5

    Les six patients sont en vie mais pas viable (ils mourront rapidement en l’absence de soins).
    Soit VIE le critère de vie et soit VIA le critère de viabilité et soit P un patient.
    P0,1,2,3,4,5 = VIE + VIA.
    Ici le choix est facile car chaque patient est identique : P0 = P1 = P2 = P3 = P4 = P5.
    Il est donc facile de déduire que P1 + P2 + P3 + P4 + P5 > P0.
    Le patient 0 sera donc sacrifié pour sauver les patients 1,2,3,4,5.

    – Dans les cas 6 à 7

    Le patient 0 est vivant et viable alors que les patients 1,2,3,4,5 sont vivants mais pas viables.
    P0 = VIE + VIA et P1,2,3,4,5 = VIE.
    Or Lê préfère préserver la vie du patient 0 quitte à voir mourir les patients 1,2,3,4,5.
    Soit P0(VIE+VIA) > P1,2,3,4,5(VIE).
    Il choisit donc de ne pas sacrifier un patient vivant et viable contre cinq patients en vie mais pas viable.

    Lê s’est donc servis dans son modèle non seulement du critère de viabilité et lui a en plus conféré une utilité supérieure à plusieurs vies sans viabilité.

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  4. Variante 8 :
    Tenir une liste de donneurs potentiels et des lors qu’il est possible de récupérer sur un donneur plusieurs organes qui permettent de sauver au moins 2 personnes, alors il faut récupérer lesdits organes…
    Mais dans ce cas, il s’agit du concept d’exploitation de l’homme par l’homme poussée à son paroxysme !

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  5. Sympa, je viens de découvrir la chaine YT, et ce blog donc.
    Des sujets intéressants sont traités. (Peut être parce que la philosophie est intéressante ? :p )

    Sinon, pour répondre au sujet, je suis bloqué au niveau 5.
    Au premier visionnage de la vidéo, j’étais bloqué à la variante 6. Mais après y avoir réfléchis plus profondément, je bloque au 5…

    En fait, ça pose des problèmes phi tout aussi vastes (lol, sans rire Einstein ?!) si l’on accepte les conséquences d’une prise de décision utilitariste.

    Quand j’étais bloqué au niveau 6, pour moi c’était pareil que le niveau 7. En gros même artificiels, ses organes sont ses organes. une fois transplantés, ils lui appartiennent.
    Peut importe qu’ils soient naturels ou non. Sa vie n’a pas moins d’importance parce qu’il est à moitié « robotique ».
    Je ne me réfère qu’à sa conscience et ses sentiments, son essence, son âme. Je ne sais pas trop si les termes sont appropriés, et sûrement qu’un philosophe me reprendra, mais l’idée est là j’espère.
    Ce qui veux également dire qu’un robot complet mais avec un même niveau de complexité qu’un humain et qui en émulerait parfaitement le fonctionnement, aurait pour moi autant de valeur sur le plan individuel qu’un humain « normal » (blanc… lol).

    Mais bref, à ce moment là, j’essayais inconsciemment de me décharger de la responsabilité de la prise de décision.
    En demandant l’avis du patient notamment. Mais en faisant ça, je lui laisse un poids énorme sur les épaules. Même s’il décide de vivre il aura toute sa vie de la culpabilité, et je ne peux décemment pas laisser ça se produire en tant que médecin.

    Aussi je me disais que c’était une situation inextricable, et qu’en l’occurrence ce n’était ni de ma faute, ni celle du patient 0, si l’hôpital était à court d’organe justement ce jour, où 5 nouveaux patient arrivent. Et ce n’est donc pas à moi, ni au patient 0 d’en faire les frais.
    Mais cela ne change rien à la situation ni à la question. Est-ce que le groupe vaut mieux que l’individu quelle que soit la situation ?
    Aujourd’hui ça tombe comme ça, c’est triste, mais je suis obligé de m’adapter et d’y répondre d’une manière ou d’une autre.
    Car j’ai bel et bien la possibilité de sauver 5 patients, mais cela aura un prix.

    Et après y avoir réfléchis comme ça, et une fois que j’avais mis en évidence le fait que les machines devenaient partie intégrante du patient 0 je recule à la variante 5.

    La 4, j’arrive malgré tout à prendre la décision, car le patient ne s’est pas encore réveillé.
    Et les choses se passent relativement vite.
    Je n’arrive pas à mettre le doigt sur pourquoi cela facilite ma prise de décision.
    Je suppose que la privation d’un potentiel réveil est minimisé par le fait que ça ne soit pas encore réellement arrivé…
    Et ça me sert de point d’appuis pour m’aider à justifier le fait de préférer sauver les 5 autres.
    Mais une fois le réveil effectif et vérifié pendant 1 an, je n’arrive plus à prendre cette décision, et je suis bloqué.

    Je n’arrive pas à déterminer ce qui serait le moins amoral. Voler les organes de quelqu’un pour sauver 5 personnes ?
    Ou simplement considérer que l’aléa de la vie à fait les choses ainsi et que je n’ai pas à priver quelqu’un pour sauver les autre ?
    Ça revient un peut à me décharger de la responsabilité : « c’est le destin qui a fait ça, pas moi ».

    Quand ils arrivent tous à peu près en même temps, et que personne n’est encore conscient, on peut se dire que l’on choisi de manière rationnelle en maximisant le taux de survie.
    Mais une le patient 0 réveillé, on le prive plus d’un potentiel réveil, on le tue. (Et on vole son cadavre accessoirement.)

    Et donc, après avoir trop réfléchis et tourné ces idées en rond, je dirais que je m’arrête au niveau 5. Ne pas pouvoir prendre de décision, reviens à laisser mourir les autres.

    Ce que je tire de tout ça c’est que le groupe passe avant l’individu jusqu’à une certaine limite.
    Mais est-ce dû à mon ressenti propre, mon éducation, mon environnement social ou sociétal, ma nature humaine ?
    Est-ce que l’on peut ou doit considérer cette limite comme bien ou mal ? Utile ou inutile d’un point de vue social ou évolutif ?

    Ça a soulevé plein de questions… C’est de ta faute ! J’exige que tu y répondes ! >.<

    Enfin, j'avais déjà eu ce genre de réflexions sur ce sujet mais d'un point de vue plus large (et encore plus choquant) :
    Pour maximiser le bonheur (confort de vie) de la population, le temps qu'elle est en vie, peut-on imposer une limite d'âge maximum ?
    En d'autre mots : Est-ce que l'euthanasie systématique à un âge calculé peut augmenter le confort de vie ? Et est-ce que ça serait moral ?

    Quand j'ai vu Soleil vert la première fois (vers 12 ans) je me suis dit évidemment que non !
    Mais j'avoue qu'aujourd'hui, je suis beaucoup moins sûr de ma réponse.

    J'ai beau avoir ce réflexe de refuser de tuer des gens pour mon propre bien et par extension pour celui des autres et de la société, je me demande si c'est vraiment raisonnable. Et même si c'est moral.

    On voit aujourd'hui que notre système social atteint ses limites : nous n'arrivons plus à fournir des retraites décentes à tout le monde, ni les services de santé qui vont avec. Nous n'arrivons pas non plus à loger tout le monde, à fournir de l'éducation (7% d'illettrisme en France au moment où j'écris ces lignes), de la justice, de la sécurité, etc.

    De l'autre côté, chaque individu (ou presque) ne veut pas consentir à plus d'effort de sa part pour le bien du système. À tort ou à raison, chacun trouve des justifications (parfois bonnes ou mauvaises) pour rejeter la faute sur quelqu'un d'autre, et prétend à de meilleurs conditions de travail et de vie.

    Or, nous vivons dans un monde fini. Inutile de chercher la croissance infinie ça n'arrivera jamais. Inutile de vouloir vivre toujours plus longtemps et avec un confort toujours plus grand, c'est impossible.

    En partant de ce constat. Est-il si amoral de se dire que l'on peut choisir de vivre beaucoup mieux, en réduisant drastiquement notre durée de vie individuelle ?

    D'autant qu'aujourd'hui, on sait que continuer tel que nous le faisons n'impacte pas seulement notre propre système, mais également celui des autres pays du monde, toute l'économie étant mondiale…
    Mais pire encore, cela impactera de façon certaine, les générations futures, qui subiront tous les abus que l'on commet aujourd'hui. Et les conséquences seront bien pires que celles que l'on voit déjà dans les pays pauvres.
    En fait il en va de la survie de l'espèce. Et pourtant difficile d'accepter cette idée de mourir prématurément…

    On peut bien sûr craindre une dérive totalitaire. Se débarrasser des gros, des handicapés, des malades…
    On peut même se dire qu'on risque d'arriver un un eugénisme, puisqu'il y aura un archétype d'individu qui sera plus performant que les autres. Si l'on recherche la maximisation de l'utilité, ne faudra-t-il pas supprimer les autres archétypes ?
    Enfin ça dépend de ce que l'on définit comme "utile", mais ça reste très dangereux.

    Ceci dit, qu'est-ce qui est le plus amoral ?
    L'égalité parfaite du temps de vie pour chacun quitte à euthanasier en masse la population vieillissante ?
    Ou l'inégalité des conditions et des durées de vie, en fonction de son milieu social (inégalité qui se creuse de plus en plus à l'heure actuelle) ?

    Je n'ai pas envie de choisir l'option 1, mais je dois reconnaître que j'ai du mal à contre argumenter. Et comme je connais les conséquences qu'apportera notre modèle économique et social actuel sur la vie du groupe et également des groupes futurs…
    La raison me pousse à dire qu'elle n'est pas si inenvisageable que ça.

    Bref, après ça j'ai l'impression d'être le plus gros enfoiré de l'univers. 😦
    Merci, de m'avoir poussé vers ces réflexions. :V
    Et si tu as des réponses ou débuts de réponses concernant ces questions sur les individus et les groupes, et l'égalité en leur sein, je suis preneur.

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  6. Je ne comprends pas comment on pourrait choisir de sauver le patient 0: Dans chacun des cas, on a le choix entre 2 options: soit 6 patients entrent dans l’hôpital et un ressort, soit 6 patients rentrent et 5 ressortent. Le reste ne me semble être que des détails.
    J’ai vu dans les commentaires que beaucoup avaient changé d’avis à partir de la variante 6, sous prétexte que désormais les organes lui appartenaient, que les lui enlever lui prendrait quelque chose de plus que la vie (je confesse cependant ne pas avoir compris quoi), mais c’est totalement faux.
    1) Parce que cet individu doit de toute façon tout à la société, ce n’est pas comme s’il avait vécu comme ermite dans une montagne puis serait un jour descendu, aurait été à l’hôpital puis aurait travaillé pour payer ces dettes sans jamais être dépendant de quiconque. (et même dans ce cas la, elle a accouchée où, sa mère?) La société lui a rendu tout un tas de service qui ne sont pas forcément chiffrables, et dont certains sont inestimable à l’échelle de cet individu.
    L’individu doit de toute façon tout à la société, alors quoi que la société lui demande, elle ne pourra jamais demander trop.
    2)Parce que sauver le patient 0, c’est en même temps choisir de tuer de façon tout à fait délibérée les 5 autres patients. Ca ne pourrait pas compter comme un homicide involontaire, puisque que ce n’est justement pas involontaire. J’ai aussi lu que ça ne pourrait compter que comme non assistance à une personne en danger. Mais cela efface un détail très important: c’est la non assistance à 5 personnes en danger, sous prétexte de sauver une personne (sauver de soi-même).

    C’est pour cela que je conclut que sauver le patient 0 est totalement indéfendable, quelle que soit la variante.

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