Le droit à l’avortement : l’argument du violoniste de Judith Jarvis Thomson — Argument frappant #2

 

Aujourd’hui on voit pourquoi le droit à l’avortement est un sujet complexe…

« A defense of abortion » de Judith Jarvis Thomson : http://spot.colorado.edu/~heathwoo/Phil160,Fall02/thomson.htm
Une traduction française : http://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2003-4-page-3.htm

Pour aller plus loin sur le sujet, ce livre de David Boonin est très complet : https://ethicslab.georgetown.edu/phil553/wordpress/wp-content/uploads/2015/01/David-Boonin-A-Defense-of-Abortion.pdf

3 réflexions au sujet de « Le droit à l’avortement : l’argument du violoniste de Judith Jarvis Thomson — Argument frappant #2 »

  1. Ping : 7 expériences de pensée avec Science4All | Serez-vous utilitariste jusqu’au bout ? Argument frappant #6 | Monsieur Phi

  2. Bonjour Monsieur,

    Je me permets de vous répondre quand au dilemme du violoniste et de l’avortement.

    Il me semble que tout votre raisonnement ne peut tenir à cause de 2 raisons :
    – la première c’est la connaissance du risque. Dans le dilemme du violoniste la personne ne peut en aucun cas imaginer ce qui va lui arriver. Or il me semble que toute personne ayant des rapports sexuels sait que le risque de procréation existe, même si de moyens contraceptifs sont utilisés.
    -La seconde est que si les rapports sexuels peuvent être vital pour une vie de couple, ils ne sont pas vital pour l’individu. Celui ci peut vivre sans rapport sexuel.

    Ces deux arguments ensembles change la donne du dilemme. On pourrait alors réécrire le dilemme de la sorte : « vous partez en voyage dans un pays où le roi est malade. La loi vous oblige à l’entrée du pays à faire un test de compatibilité pour savoir si vous pouvez sauver le roi. La réponse au test n’est pas instantanée mais la loi vous obligerait à rester liée au roi plusieurs mois si vous étiez compatibles, tant que vous êtes dans le pays. »

    On arrive au point que dans ce cas il devient compliqué de se débranché. Cela revenant à tuer le roi, on peut parler d’un meurtre.

    Il vous faut donc trouver un autre argument ou me montrer ou ma logique vous semble mauvaise.

    Pour finir je dirais qu’il faut dissocier l’acte de la personne. Si l’acte est mauvais par lui même, cela ne signifie pas que la personne le soit… d’autant plus quand la société lui fait croire que l’acte est contraceptif et anodin. Ainsi, si je pense que l’on peut parler de meurtre il faut faire attention car la loi autorisant l’acte, la personne qui en a la responsabilité ne peut absolument pas être jugée comme un criminel.

    Je finirais pas une remarque très personnelle, je pense qu’avant de légaliser l’avortement, il eut été préférable d’obliger les hommes (les pères) à assumer leur actes… Et encore aujourd’hui je suis scandalisé qu’un homme est le droit de ne pas assumer…

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  3. Bonjour,

    Je commence à regarder ta chaine ces temps ci, du coup je suis un an en retard pour beaucoup de choses sur lesquelles j’aimerais réagir ou discuter :(. Je viens ici dans le maigre espoir d’avoir plus de visibilité que dans les commentaires Youtube.
    Le point principal dont je voudrais parler est la notion du « droit à la vie », cette fameuse 2e prémisse dont tu nous dit qu’elle n’a pas de contre argument. Je pense qu’au contraire elle n’est pas si solide que ça, même si je dois avouer que j’aime beaucoup l’approche présentée dans la vidéo qui s’attaque à la 1ere prémisse d’un manière qui est pour moi nouvelle dans sa formulation (et bien mieux présentée qu’en disant simplement « oui mais la femme doit aussi pouvoir disposer de son corps, le droit du fétus dépasse-t-il le sien de ne pas passer 9 mois à le porter et des années à l’élever ? »).

    Mon raisonnement va être assez mélangé à celui de la définition d’une personne (mot que tu as lâché vers la fin de la vidéo). Tout le monde sera d’accord pour dire qu’un homme adulte est une personne qui a le droit à la vie. Mais qu’en est-il de l’enfant résultant de l’union d’un de mes spermatozoïdes avec l’un des ovules de (au hasard) Natalie Portman ? Généralement tout le monde sera d’accord pour dire qu’il n’est pas une personne, et qu’il n’a pas de droit à la vie … tout comme les innombrables autres enfants potentiels résultat de la fusion des milliards d’ovules des femmes de la planète avec le trillion de spermatozoïdes des hommes (quitte à passer par des rencontres calculées par un ordinateur, des éprouvettes ou même … des viols … tiens, un élément central du débat sur l’IVG et pour moi très important car si un viol ne suffit pas à l’autoriser alors je pense qu’on donne aussi le droit à la vie à cet enfant que je n’aurais jamais avec ma voisine).
    Entre ces deux extrêmes, il y a pas mal d’étapes, comme une proximité géographique des parents, une rencontre, des sentiments ou au moins une attirance, une ou des relations sexuelles, une fécondation, un embryon, un fétus, un bébé, un enfant. Comme on a vu qu’à l’état purement théorique personne ne défend un droit à la vie et qu’à l’état adulte personne ne le nie, il doit bien y avoir une limite entre les deux où ce droit à la vie apparaît. Limite plus difficile à établir qu’il n’y paraît (un peu comme celle de la durée nécessaire pour sauver le violoniste).
    Et c’est là qu’intervient la notion de personne. Le droit à la vie commence, à mon avis, au même moment que celui où on s’accorde à dire qu’on considère une Personne.
    Sauf qu’une Personne, ce n’est pas simplement un corps (là je vais probablement répéter un peu ce que j’ai écrit il y 2 jours dans mes commentaires youtube sous tes vidéos sur les 7 expériences de pensée). Ce n’est pas non plus simplement un pool génétique : des jumeaux sont des personnes différentes même élevés ensemble et très différents si ils n’ont pas la même vie … à l’inverse, les innombrables fécondations possibles mentionnées plus haut ne sont pas des personnes. Une personne est le résultat, en plus de son pool génétique et du corps qui en résulte, de nombreuses expériences de vie, de nombreuses interactions avec le monde, et de sa propre construction intérieure influencée par ces expériences. Ce n’est pas pour rien que (vieux souvenirs de terminale) les philosophes débattent pour savoir si on est la même personne tout au long de sa vie ou une succession de personnes différentes.
    Et du coup, pour moi, le fétus ne constitue pas encore une Personne. Pas tellement plus que mon enfant avec madame X que je ne connais pas encore. Les deux sont des personnes potentielles, mais les deux ont encore besoin d’étapes pour le devenir, étapes qui ne constituent pas un « droit » de la personne potentielle. Bien sûr le fétus en est plus proche mais il reste encore à la mère à décider chaque jour de le développer un jour de plus.
    Au final, le droit à la vie du fétus n’est pas une évidence, il nécessite d’abord d’avoir considéré qu’entre le moment où un homme et une femme existent et le moment où un enfant naît, le droit à la vie de la personne potentielle commence avant le fétus et non après. Comme je l’ai déjà dit, pour moi ce n’est pas le cas car je n’arrive pas à considérer le fétus comme une personne plus que je ne le fais pour tout autre enfant potentiel (même impossible, cf Natallie Portman), au contraire d’un être ayant déjà construit un moi mental et une personnalité.

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