La philosophie, onanisme intellectuel ? — Grain de philo #1

Première vidéo de la chaîne. Parlons de ce qu’est la philosophie, de son utilité, de son rapport aux sciences et à la religion.

1ère partie – PHILOSOPHIE vs. SCIENCE

2ème partie – Un résidus de questions insolubles

Pour les curieux, un extrait un peu plus long du chapitre XV des Problèmes de philosophie de Russell dont je cite un passage dans la fin de la vidéo :

Comme toute autre discipline, la philosophie vise d’abord à connaître. La connaissance qui est sa visée propre est celle (…) qui résulte d’un examen critique des fondements de nos convictions, préjugés, et croyances. Mais il faut bien reconnaître que dans son effort pour apporter des réponses précises à ces questions, la philosophie n’a pas rencontré un succès considérable. Un mathématicien, un minéralogiste ou un historien, comme n’importe quel homme de sciences, à qui l’on demande quelles vérités déterminées sont reconnues dans la discipline, pourra répondre aussi longuement que vous êtes disposé à l’écouter. Mais posez la même question au philosophe : s’il est de bonne foi, il devra avouer que sa discipline n’est pas parvenue aux résultats positifs qu’on trouve dans les autres sciences. Il est vrai que cet état de choses s’explique en partie ainsi : dès qu’une connaissance bien définie d’un domaine devient possible, ce domaine cesse d’appartenir à la philosophie et devient l’objet d’une science distincte. L’étude des cieux, qui appartient maintenant à l’astronomie, faisait autrefois partie de la philosophie ; le grand ouvrage de Newton avait pour titre : Principes mathématiques de la philosophie naturelle. De même, l’étude de l’esprit humain était une partie de la philosophie : elle s’en est aujourd’hui séparée pour devenir la psychologie scientifique. De sorte que l’incertitude de la philosophie est dans une large mesure plus apparente que réelle : les questions qui ont trouvé une réponse définie sont rangées dans la science, et celles qui restent ouvertes forment cette sorte de résidu qu’on appelle la philosophie.

russell (1)Mais, touchant l’incertitude de la philosophie, ce n’est là que la moitié de la vérité. Bien des questions, en particulier celles qui présentent le plus grand intérêt pour notre existence spirituelle, doivent rester insolubles, pour autant qu’on puisse le savoir, à moins que les pouvoirs de l’intellect humain changent radicalement. L’univers présente-t-il une unité de plan et de but, ou n’est-il qu’une rencontre fortuite d’atomes ? (…) Le bien et le mal ont-ils un sens pour l’univers, ou n’ont-ils de sens que pour l’homme ? Ce sont là des questions philosophiques, auxquelles les philosophes ont apporté des réponses variées. Peut être existe-t-il d’autres voies pour découvrir la réponse : mais il semble qu’on ne puisse démontrer la vérité d’aucune des réponses proposées par la philosophie. Et pourtant, aussi mince que soit l’espoir de parvenir à une solution , c’est une partie de la tâche de la philosophie de poursuivre ces interrogations, de nous faire prendre conscience de leur enjeu, d’examiner les différentes approches qu’on peut en avoir, et de garder vivant cet intérêt spéculatif pour l’univers que la connaissance assurée, trop bien établie, peut tuer si l’on s’y laisse enfermer. (…) En fait c’est dans son incertitude que réside largement la valeur de la philosophie. Celui qui ne s’y est pas frotté traverse l’existence comme un prisonnier : prisonnier des préjugés du sens commun, des croyances de son pays ou de son temps, de convictions qui ont grandi en lui sans la coopération ni le consentement de la raison. Tout dans le monde lui paraît aller de soi, tant les choses sont pour lui comme ceci et pas autrement (…). Sans doute la philosophie ne nous apprend pas de façon certaine la vraie solution aux doutes qu’elle fait surgir : mais elle suggère les possibilités nouvelles, elle élargit le champ de la pensée en la libérant de la tyrannie de l’habitude. Elle amoindrit notre impression de savoir ce que sont les choses, mais elle augmente notre connaissance de ce qu’elles pourraient être ; elle détruit le dogmatisme arrogant de ceux qui n’ont jamais traversé le doute libérateur, et elle maintient vivante notre faculté d’émerveillement en nous montrant les choses familières sous un jour inattendu. 

Russell, Problèmes de philosophie, 1912

Sympa, non ?

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