Les philosophes ne comprennent rien à la liberté

De quoi le libre-arbitre est-il le nom ? Eh bien, ce n’est peut-être pas aux philosophes qu’il faut le demander…

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Sommaire

0:00 – Définition classique de la liberté
3:06 – Nous ne pouvons pas agir librement
5:58 – La définition classique est-elle justifiée intuitivement ?
10:12 – Étudions vos intuitions sur la liberté ! 1er et 2e scénarios
13:44 – 3e scénario : cas de Frankfurt
16:43 – 4e scénario : cas des Ducon
19:45 – 5e scénario : déterminisme cyclique
22:03 – Scénarios bonus : boucles temporelles
25:13 – Les intuitions de philosophes sont-elles différentes ?
26:18 – Conclusion des études sur vos intuitions
27:18 – Le compatibilisme : + intuitif et + répandu
30:48 – Action libre et responsabilité morale
32:10 – Action libre et délibération
34:30 – Raisons d’agir intérieures vs. contraintes extérieures
37:33 – A free will worth having
39:36 – Un libre-arbitre gonflé de métaphysique
41:13 – Juste une dispute sémantique ?
43:27 – Désaccord sur la psychologie des compatibilistes
46:53 – De l’abus des guillemets pour parler de « liberté »
47:40 – La meilleure façon de parler du déterminisme
49:28 – Les chérubins + extraits d’interview de Florian Cova
51:15 – Outro

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Résumé des principaux résultats

Pour les cinq premiers scénarios, ces résultats portent sur environ 12 000 réponses. Pour les trois derniers, environ 4 400 réponses.

Ce résumé donne une première idée de ce qu’ont été globalement vos réponses aux questionnaires. Il est probable que j’ajouterai plus tard un article qui présentera de façon plus détaillée les résultats définitifs.

Il y a encore bien des choses à dire en effet ! J’évoque déjà dans la vidéo certaines variations intéressantes entre philosophes et non-philosophes par exemple : les philosophes sont sensiblement plus sceptiques vis-à-vis du libre-arbitre et la responsabilité morale. (Pour les autres caractéristiques démographiques, je n’ai pas encore trouvé de variations aussi notables.)

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Un questionnaire supplémentaire

En plus du questionnaire de base et du questionnaire supplémentaire sur les boucles temporelles, j’ai aussi envoyé un troisième tout petit questionnaire : chaque participant répondait aléatoirement à un scénario parmi quatre. Le nombre de participants est beaucoup moins important : environ 1700, soit 430 par scénario. Il faut donc prendre ses résultats avec plus de prudence (d’autant plus que la formulation des scénarios laissait à désirer sur certains points, comme on va le voir). Ceci dit, les résultats sont tout de même intéressants et je vais vous les présenter ici.

L’idée de ces scénarios était d’étudier si les conditions de la définition compatibiliste du libre-arbitre sur la délibération influençaient effectivement l’attribution de liberté et de responsabilité morale. Et, en gros, la réponse est : oui, nettement.

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Le scénario de base était un dilemme du tramway dans lequel l’agent décide de ne pas tirer le levier parce qu’il considère que ce n’est pas à lui de décider qui doit vivre ou mourir. (Donc, dans ce cas, il est clair que l’agent délibère en ayant conscience d’une diversité d’options et en faisant valoir une raison d’agir pour expliquer son choix.)

Scénario de base

Je demandais à chaque fois si Harry s’est LIBREMENT abstenu de tirer sur le levier et s’il est MORALEMENT RESPONSABLE du fait que le train n’a pas été dévié.

Ces questions sont un peu différentes de celles que je posais dans les autres questionnaires, et cela pose au moins deux problèmes : (1) pour la première question, il s’agit d’une omission plutôt que d’une action ; (2) pour la deuxième question, il y a un flou quant à l’objet de la responsabilité morale (beaucoup peuvent avoir interprété la question comme « Êtes-vous responsable de la mort des cinq personnes ? »). Pour ces deux raisons, l’exemple n’est peut-être pas si bien choisi et l’écart entre les résultats de ce questionnaire (en particulier sur la responsabilité morale) et ceux des autres questionnaires peut en partie s’expliquer par cela, il me semble.

Quoi qu’il en soit, voyons les résultats pour ce premier scénario. Pour la question de savoir s’il s’est librement abstenu j’ai obtenu des résultats très similaires à ceux des autres questionnaires : 80% penchent du côté d’accord, 15% pas d’accord.

Scénario de base : Harry s’est-il librement abstenu de tirer le levier ?

Pour la question sur la responsabilité morale du fait que le train n’a pas été dévié, vous étiez un peu moins nombreux à attribuer cette responsabilité qu’à attribuer la liberté :

Scénario de base : Harry est-il moralement responsable du fait que le train n’a pas été dévié

L’écart n’est pas énorme, mais cela s’oppose à ce que j’ai observé sur tous les autres scénarios où l’attribution de responsabilité était à chaque fois plus élevée (de 10 à 15% environ). Le fait qu’on parle ici d’une omission plutôt que d’une action, ainsi que le flou sur l’objet de la responsabilité, pourrait expliquer cette différence.

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Un deuxième scénario était une sorte de cas de Frankfurt (en fait c’était précisément le cas de Frankfurt que je présente en illustration dans la vidéo).

Scénario à la Frankfurt

Les réponses pour la question de la liberté sont très similaires à celle du premier scénario. Les participants sont même un petit peu plus nombreux que dans le scénario de base à reconnaître que Harry est libre. (Ce surcroît est probablement un hasard dû à la taille de l’échantillon. Sinon ce serait un résultat vraiment surprenant !)

Scénario à la Frankfurt : Harry s’est-il librement abstenu de tirer le levier ?

Par contre, les résultats sont sensiblement différents pour la responsabilité morale : le fait que l’action alternative ne soit pas possible semble bien diminuer l’attribution de responsabilité (44% du côté d’accord contre 39% du côté en désaccord).

Scénario à la Frankfurt : Harry est-il moralement responsable du fait que le train n’a pas été dévié ?

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Un troisième scénario aurait dû servir à tester l’idée que considérer diverses options comme possibles est une condition de l’exercice du libre-arbitre : je suggérais que Harry n’a pas pu délibérer sur le fait de tirer ou non le levier parce qu’il ignorait que ce levier avait un effet sur le train.

Scénario de l’ignorance

Mais à la réflexion, j’aurais dû tout bonnement suggérer que Harry n’a pas VU le levier : au moins, il aurait été clair que cette option était en dehors de ce qu’il pouvait envisager. Tandis que dans ma façon de présenter les choses ci-dessus, on peut considérer que Harry a bien délibéré sur le fait de tirer ou non sur le levier et que, faute de savoir qu’il aurait un effet sur la trajectoire du tramway, il a décidé de ne pas le tirer. L’option « tirer sur le levier » aurait donc quand même été envisagée et on peut considérer qu’il s’en est abstenu librement pour cette raison.

Quoi qu’il en soit, même dans cette version imparfaite, les résultats montrent déjà un effet important sur l’attribution de liberté : ils ne sont plus que 49% du côté d’accord (contre environ 80% pour les deux scénarios précédents).

Scénario de l’ignorance : Harry s’est-il librement abstenu de tirer le levier ?

Les résultats à la question de la responsabilité sur ce scénario où Harry ignore l’effet du levier sont ceux qui m’ont le plus surpris : de façon ultra-majoritaire, Harry n’est pas tenu pour responsable du fait le wagon n’a pas été dévié. Le simple fait d’ignorer que son action pouvait dévier le train suffirait à le dégager de la responsabilité des conséquences de son omission…

Scénario de l’ignorance : Harry est-il moralement responsable du fait que le train n’a pas été dévié

Moralité : ne réfléchissez pas trop à ce que vous pouvez faire, et vous ne serez pas tenu pour responsable de n’avoir rien fait !

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Enfin, le dernier scénario était celui qui permettait le mieux d’étudier l’hypothèse que la délibération est une condition de l’exercice du libre-arbitre selon notre compréhension intuitive : ce scénario stipulait que Harry, tout en étant en capacité de tirer le levier et en sachant l’effet que ça aura, n’a pas le temps de peser les raisons de le faire ou non. (L’idée était donc de retirer une des composantes de la délibération : s’arrêter sur une raison d’agir.)

Scénario sans raison d’agir

Dans cette situation, la plupart des répondants considèrent que Harry ne s’est pas librement abstenu de tirer : 52% du côté en désaccord, 35% du côté d’accord.

Scénario sans raison d’agir : Harry s’est-il librement abstenu de tirer le levier ?

Et pour la responsabilité morale, les résultats presque identiques :

Scénario sans raison d’agir : Harry est-il moralement responsable du fait que le train n’a pas été dévié

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Voilà pour ce petit questionnaire supplémentaire ! Avec 430 participants par scénario randomisé, la différence dans l’attribution de liberté entre les cas 1 et 2 (> 80%) et les cas 3 et 4 (49% et 35%) est bien assez nette pour ne pas être l’effet du hasard. (Il y aura bien un fréquentiste dans l’assistance pour me calculer p, allez !) Il est très vraisemblable en tout cas que ces deux aspects de la délibération (concevoir des options alternatives et avoir le temps de peser des raisons d’agir) aient un effet important sur la façon dont nous concevons l’action libre.

Et si on proposait un scénario qui combine l’absence de raison d’agir et l’absence d’option alternative conçue (par exemple si Harry n’avait pas même vu le levier), l’effet combiné serait vraisemblablement encore plus prononcé.

Mais bref ! C’est assez de questionnaire et de graphiques pour aujourd’hui !

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Quelques notes de bas de page importantes

Au cours de la vidéo, comme souvent, j’ai ajouté des petites notes de bas de page (de bas d’écran plutôt), et vu que certaines présentes des points qui me semblent tout de même assez important, je me suis dit que j’allais les copier-coller ici pour ceux qui ne les auraient pas vues.

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Sur les définitions intuitives de la liberté :

Vous étiez 12% à déclarer connaître une définition précise de cette expression. Parmi les définitions que vous m’avez données, il y en avait qui reprenaient des éléments de
la définition classique (parfois avec une référence explicite aux philosophes, ce qui suggère que ça a été quand même pas mal influencé par un cours de philosophie…). Mais l’élément qui revient de loin le plus souvent dans vos définitions, c’est quelque chose de simple : agir sans contrainte. Sur 1360 réponses, 563 (soit + de 40% !) utilisent spécifiquement ces mots ou l’expression voisine « ne pas être contraint ». L’absence de contrainte peut faire penser à la condition d’auto-détermination, mais il est fréquent que la définition donnée précise un type plus restreint de contrainte. Par exemple, l’une des réponses reçues est : « Agir librement est le fait de pouvoir faire un choix sans contrainte directe biaisant ce choix (Menace par exemple) » ou encore « Agir sans une contrainte extérieure : menace, mise en danger d’un autre en cas de non action, travail alimentaire, choix à contre cœur, manipulation (nudge), faux dilemme, pièges rhétoriques (désolé si tout n’est pas forcément cohérent) ». Tout ceci n’exclut pas que d’autres formes de déterminations influencent l’action. Bref, agir sans contrainte, c’est très vague, et ce n’est pas en soi un défaut : notre compréhension intuitive est vague et une bonne définition peut se contenter de situer correctement cet aspect vague.

À vrai dire, je m’attendais à ce que vos propositions de définition soient bien plus proches de la définition classique : je pensais que cette définition classique avait le mérite d’être au moins intuitive en tant que définition possible. Mais non, donc, même pas.

Quoi qu’il en soit, comme je l’expliquais dans mon épisode « Définir « définir » », pour étudier de quelle façon les locuteurs comprennent une expression du langage ordinaire, il faut plutôt se pencher sur l’usage qu’ils en font que sur les définitions qu’ils en donnent (définitions qui ne font que tenter de capturer l’usage après coup, souvent sans succès.)

Et en ce qui concerne ce questionnaire, c’est une toute petite minorité de locuteurs qui ont accepté de donner une définition, tandis que l’écrasante majorité des autres reconnaissaient plutôt avoir une compréhension intuitive sans vraiment être capable de donner une définition précise.

Il y a bien aussi quelques jusqu’au-boutiste qui ont une définition bien à eux de la liberté et qui ont décidé de répondre en fonction de leur définition et pas en fonction de leur intuition. Mais ils étaient très peu nombreux dans ce cas : autour de 0,5%.

***

Sur le « pouvoir agir autrement » :

Vous pouvez remarquer dans les résultats globaux que le seul cas où la majorité tire du côté « pas d’accord », c’est un cas où il n’y a pas de délibération du coup (action impulsive sous l’effet d’une drogue prise à son insu). Mais c’est aussi un cas où il n’y a pas de possibilité réelle alternative. Pourrait-on imaginer un cas où il y a une possibilité réelle que l’agent agisse autrement mais pas de délibération ? Prenez le scénario 2 mais en boucle temporelle indéterministe : la drogue ferait effet seulement une fois sur deux. Harry agit-il librement en tirant sur son voisin dans ce cas ?

Je parie que les résultats seront similaire à ceux du scénario 2 : très majoritairement non. L’absence de délibération est plus importante que l’existence d’une possibilité alternative réelle sur laquelle l’agent n’exerce aucun contrôle.

Autre remarque. Il y a beaucoup de réflexion sur le « pouvoir agir autrement » qu’on attribue communément aux agents lorsqu’ils agissent librement. C’est en effet très intuitif : même dans un scénario déterministe où Harry tue son voisin, on peut trouver qu’il y a un sens à dire qu’il pouvait refuser de le tuer. Mais il n’y aucune raison d’interpréter cela comme l’affirmation d’une possibilité réelle (qui s’oppose directement à l’hypothèse déterministe). Si l’on est enclin à maintenir cette affirmation d’un « pouvoir agir autrement » même dans le cas déterministe, c’est plutôt le signe que l’on comprend cette expression d’une façon plus modeste, par exemple au sens épistémique comme je l’ai expliqué, ou alors au sens d’une disposition ou d’une capacité générale à faire ce type d’action (c’est ce sens qui serait le plus courant, en fait, quand on étudie les intuitions des locuteurs). Ainsi, même lorsque Harry accepte de tuer son voisin dans un scénario déterministe, on peut considérer qu’il pouvait ne pas le faire parce qu’on estime qu’il a par ailleurs une capacité générale à s’abstenir de ce type d’action, même si dans les circonstances particulières de l’action il n’a pas été amené à user de cette capacité. En tout cas, retenez que tout argument qui traduit immédiatement un « pouvoir agir autrement » du langage ordinaire en une possibilité réelle, est un argument qui insuffle bien plus de métaphysique que nécessaire dans le langage ordinaire !

***

Quelques liens pour aller plus loin…

Les articles de l’indispensable Stanford Encyclopedia of philosophy (très complet mais donc long, technique et aride) : Free will, Compatibilism + ce complément sur l’état du débat contemporain et Incompatibilism.

Et concernant la responsabilité morale, dont j’ai moins parlé : Moral responsability and alternative possibilites et Skepticism about moral responsibility.

Sur les expériences de Libet et plus généralement les études sur la volition et la conscience : l’article Wikipédia sur les neurosciences du libre-arbitre (en anglais) est très bien. Comme je le dis en note dans la vidéo, ces études sont intéressantes pour étudier les mécanismes de la volition, de la prise de décision, de la conscience de la prise de décision, etc. ; du point de vue d’un compatibiliste ça revient à étudier le libre-arbitre (au sens des compatibilistes contemporains), pas à le réfuter.

Un bref article du physicien Sean Carroll sur le free will, comme quoi tous les physiciens ne ressemblent pas à Sabine Hossenfelder !

Une critique de la vidéo de Sabine Hossenfelder (on peut en trouver beaucoup d’autre mais celle-ci est efficace).

Un article en français qui présente le compatibilisme, par Aurélien Nioche. (Oui ça manque de choses en français dans mes références, mais de fait c’est beaucoup moins discuté chez nous.)

L’ensemble de l’ouvrage dont est tiré cet article a l’air très intéressant par ailleurs, avec pas mal d’articles en français sur les différentes positions.

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C’est tout pour aujourd’hui (et c’est déjà pas mal, non ?)

6 réflexions au sujet de « Les philosophes ne comprennent rien à la liberté »

  1. Merci beaucoup pour ton travail !! As-tu abordé quelque part l’illusionism de Smilansky? À chaque 5 minutes j’étais sûr que tu allais partir là dessus, je serais vraiment curieux de savoir ce que tu en penses 🙂 (perso c’est lui qui m’a donné foi en un compatibilisme instrumental, et je trouve que ton discours y fait beaucoup écho ! Du coup je me demandais si c’était volontaire ou non)

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  2. Merci M. Phi pour ce travail et cet éclairage brillantissime ! Etant une internaute curieuse et grande consommatrice de contenus pédagogiques, j’estime que votre talent n’a point égal dans le milieu francophone. Je suis admirative devant tant d’acuité, de rigueur dans vos analyses et réflexions. Ma perception philosophique du « libre-arbitre » a connu un avant et après cette vidéo. Continuez ! Vos vidéos sont si merveilleuses et représentent de précieuses lanternes pour tout esprit désireux de s’élever. Merci infiniment !

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  3. Je suis déterministe, et je me pensais donc incompatibiliste (sans connaître ce terme).

    Pour moi, la liberté « réelle » n’existe pas, car tout ce qu’on fait est déterminé in fine par l’état initial de l’univers.

    ## Le risque de la conscience du déterminisme

    Mais je me suis fait la réflexion suivante:
    Prendre conscience de cette non-liberté / déterminisme (pour moi, ça a finalement l’air d’être la même chose) a quelquechose de vertigineux, peut-être même de dangereux:

    Si on sait que tout ce qu’on va faire est déterminé, n’y a-t-il pas un risque de, au choix:

    * Se laisser aller, ne plus rien faire, dépérir.
    * Tout se permettre, sous prétexte que ce n’est pas « notre faute », et faire n’importe quoi.

    ?

    ## L’illusion de libre arbitre comme trait adaptatif

    Je m’explique donc le sentiment de liberté, l’illusion du libre arbitre, comme un trait adaptatif, sélectionné au cours de l’évolution pour nous détourner des risques ci-dessus.
    Les individus ayant un « module » d’illusion de libre-arbitre défectueux ayant eu un succès reproducteur moindre, du fait des comportements inadaptés adoptés, ce genre de défaut d’illusion de libre arbitre est rare.

    Et donc, en agissant rationnellement, en cherchant à me préserver, à respecter le fonctionnement de la société dans laquelle je vis, j' »accomplis » le programme qui a été sélectionné par l’évolution, de façon déterministe, pour faire de moi un être adapté à la vie en société.

    Finalement, ce module d’illusion de libre arbitre, c’est peut-être « a free will worth having », et c’est une chose entrant parfaitement dans le cadre déterministe.

    ## La responsabilité morale: un phénomène interne au déterminisme

    Quand vous vous étonnez du fait qu’il y a apparemment 10% de gens (que vous appelez « semi-compatibilistes ») qui attribuent une responsabilité morale à des agents à qui ils n’attribuent pas de liberté, je me demande s’il ne s’agirait pas de gens qui, comme moi, verraient dans la responsabilité morale un trait adaptatif qui fait que les sociétés composées d’individus le possédant s’en sont mieux tirées que d’autres, et ont donc permi un meilleur succès reproducteur aux individus qui les composent.

    Le sentiment de responsabilité morale, qu’on pourrait peut-être considérer comme un avatar de ce que j’appelle « module d’illusion de libre arbitre », c’est en fait un phénomène interne à l’univers déterministe.

    On n’est donc pas réellement libres (le libre arbitre n’est qu’illusion), mais on est responsable, dans le cadre du fonctionnement (déterministe) des sociétés humaines.

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  4. Merci beaucoup pour ce super travail et cet éclairage sur l’approche « pragmatique ». Il me semble que sont soulevés là des points majeurs de réflexion sur ce qu’est la liberté, et sur la place que la philosophie peut (ou pas) se donner pour nous éclairer.

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  5. « Moralité : ne réfléchissez pas trop à ce que vous pouvez faire, et vous ne serez pas tenu pour responsable de n’avoir rien fait ! »

    D’où le fameux (enfin, je le pense connu en tout cas) acronyme PIPE dans certains milieux professionnels : « Pas d’initiatives, pas d’emmerdes ».

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